L'ETCAF et le Système de Justice

La plupart des accusés, des victimes et des témoins atteints de l’ETCAF manifestent peu de signes physiques de leur état, sinon aucun. « Les seuls symptômes constatés chez la plupart des enfants et des adultes atteints de ce trouble sont de nature comportementale. Le large éventail de ces symptômes comportementaux reflète le moment de la consommation, la dose consommée, la durée de la consommation et les types de substances consommées, de même que l’âge de la mère, la génétique, le stress et l’alimentation » (Malbin, 2004).

Le syndrome d’alcoolisme fœtal (SAF) est la forme la plus grave et la plus reconnaissable cliniquement des dommages causés par une exposition prénatale à l’alcool. Il a été signalé pour la première fois par Lemoine (1968) en France et, ensuite, identifié de façon indépendante par des chercheurs américains, Jones et Smith (1973); ce sont eux qui ont conçu l’expression « Fetal Alcohol Syndrome » (syndrome d’alcoolisme fœtal).

Le diagnostic du SAF dépend de la présence des éléments suivants :

  • des traits faciaux caractéristiques (évidents dans la forme des yeux, du milieu du visage et de la lèvre supérieure);
  • une preuve de dysfonctionnement cérébral;
  • un déficit de la croissance prénatale et postnatale en présence d’une exposition prénatale à l’alcool (Clarren et Smith, 1978).

Seules les personnes atteintes d’un SAF complet présentent les caractéristiques physiques visibles du syndrome, mais certains éléments, tels que les traits faciaux caractéristiques, peuvent s’estomper à mesure que les personnes vieillissent. Diverses autres anomalies congénitales associées au SAF ont été décrites, dont des malformations du cerveau, du cœur, des reins, du palais et de l’appareil musculosquelettique (Chudley, 2006).

Il est important de garder à l’esprit que le SAF est la forme la moins répandue de l’ETCAF. Les estimations de la prévalence du SAF varient de 0,5 à 3 pour 1 000 naissances vivantes (Malbin, 2004; Abel E.L., 1995; CDC, 2002).

La majorité des personnes atteintes de l’ETCAF n’ont pas le SAF, pas plus qu’elles ne présentent des caractéristiques physiques aisément reconnaissables. « Cependant, même sans caractéristiques visibles, une personne atteinte de l’ETCAF peut souffrir d’un dysfonctionnement cérébral aussi prononcé que les personnes atteintes du SAF complet. Il est indispensable d’identifier ce groupe plus nombreux de personnes atteintes de l’ETCAF, car ces dernières présentent un risque d’échec accru à cause de l’invisibilité supérieure de leur état ». (Malbin, 2004).

Si l’ETCAF est diagnostiqué tôt, les interventions parviennent parfois à en amoindrir l’effet. Par exemple, un plan de traitement efficace pour les ressources de soutien peut aider à éviter que les personnes atteintes de l’ETCAF développent une déficience secondaire et les aider à mener une vie plus productive. Selon les recherches, les personnes exposées à l’alcool avant la naissance et ayant commencé à prendre part à des programmes de développement avant l’âge de cinq ans ont obtenu des résultats positifs. Un encadrement en matière d’emploi et une aide à la vie autonome peuvent aussi aider la personne atteinte de l’ETCAF à trouver et à conserver un emploi, ainsi qu’à mener une vie indépendante avec l’aide de ressources. Malgré leurs déficiences, les personnes atteintes de l’ETCAF ont de nombreuses qualités positives et peuvent vivre une vie très réussie (ASFC, 2008). Malheureusement, la plupart des cas d’ETCAF ne sont toutefois pas diagnostiqués.

Les déficiences primaires de l’ETCAF sont celles qui reflètent le plus directement les dommages sous-jacents que cause au cerveau et au système nerveux central une exposition prénatale à l’alcool. Il s’agit, notamment, de traits faciaux anormaux, d’un retard de croissance et d’une altération du fonctionnement mental, d’un mauvais fonctionnement exécutif, de problèmes de mémoire, d’une altération du jugement et d’autres effets.

Les déficiences secondaires sont celles qu’une personne n’a pas à la naissance et qu’il est possible d’atténuer grâce à de meilleures connaissances et à des interventions appropriées (Streissguth, A., 1996).

Les déficiences primaires sont liées à des comportements tels que les suivants :

Gestes impulsifs

Résistance au changement

Mauvais jugement

Répéter les mêmes erreurs

Ne « tire pas de leçons »

Mémoire déficiente

Parler sans arrêt

Problèmes de compréhension

Mots mal prononcés

Problèmes d’argent et de temps

Mauvaise planification future

Incapacité de faire des généralisations

Réflexion  lente

Fabulations

Manque de maturité

Les déficiences secondaires comprennent, notamment, les suivantes :

Mauvaises relations sociales

Irritabilité, fatigue

Résistance

Comportements sexuels inappropriés

Problèmes d’accoutumance

Colère, agressivité

Problèmes de santé mentale

Autres diagnostics psychiatriques

Récidive

Auto-destruction

Tendances suicidaires