L'ETCAF et le Système de Justice

Un diagnostic d’ETCAF est considéré comme un « facteur de protection ». Dans le système correctionnel, les facteurs de protection sont des conditions ou des circonstances qui améliorent la probabilité d’issues positives et atténuent la probabilité de conséquences négatives découlant de l’exposition à des situations risquées. Avec un diagnostic officiel, il est plus probable que les personnes atteintes de l’ETCAF soient orientées vers des services et du soutien utiles et évitent d’avoir des démêlés avec la justice. Malheureusement, l’obtention d’un diagnostic relatif à des adultes est parsemée d’obstacles; l’accès aux dossiers officiels de santé et scolaires de même que d’autres renseignements connexes peut être limité, les caractéristiques faciales associées à l’ETCAF peuvent diminuer avec l’âge, et la recherche et les ressources sont généralement axées sur le diagnostic des enfants, très peu d’équipes cliniques se spécialisant dans les diagnostics pour adultes.

En l’absence de diagnostic officiel, de nombreux organismes et cliniciens s’attachent plutôt à l’élaboration de pratiques de dépistage et d’évaluation en vue de déterminer les personnes susceptibles d’être atteintes de l’ETCAF. Il est important de souligner que le dépistage ne constitue pas un diagnostic et il est tout aussi important de tenir compte des difficultés liées à une évaluation inexacte. Les mesures de dépistage et d’évaluation efficaces ne visent pas simplement à indiquer qu’une personne est atteinte de l’ETCAF, mais à relever des sources particulières de préoccupations et d’établir des stratégies plus appropriées de communication et d’intervention.

Du point de vue correctionnel, le dépistage de l’ETCAF devrait être facilité dès que possible après la peine. Les renseignements recueillis rapidement après l’imposition d’une peine peuvent alors être utilisés pour prévoir et combler les besoins de la personne pendant l’incarcération de même qu’en vue de la libération. Les observations faites pendant la détention provisoire peuvent indiquer la nécessité d’une évaluation sur la possibilité de l’ETCAF avant l’imposition de la peine, comme les évaluations préalables à la détermination de la peine. Les personnes atteintes de l’ETCAF ne présenteront pas des comportements et des réactions identiques, mais on retrouve parmi les indicateurs possibles de l’ETCAF qui sont manifestes pendant l’incarcération les éléments suivants :

  • La victimisation et l’exploitation par les autres détenus
  • La distractibilité involontaire et la faible concentration
  • Des comportements sexuels inappropriés
  • La difficulté à reconnaître et à établir des limites interpersonnelles
  • Des troubles en matière de santé mentale, comme l’angoisse extrême et la panique de même que la dépression
  • Des réactions comme le comportement de retrait ou les accès de colère lorsque la personne se sent dépassée
  • Des changements d’humeur intenses
  • L’immaturité émotionnelle
  • Le sentiment de soi grandiose (exagéré) ainsi qu’une vision irréaliste du monde
  • La sensibilité à la stimulation externe comme le bruit, les foules, les lumières brillantes, etc.
  • La difficulté à gérer le stress, la personne adoptant souvent des comportements autodestructeurs
  • La difficulté d’accomplir des activités de la vie quotidienne, comme l’hygiène personnelle, la gestion du temps, etc.

Pour obtenir de plus amples renseignements concernant le dépistage des signes de l’ETCAF, veuillez vous reporter à l’onglet « Reconnaissance » de ce site Web.

Lorsqu’ils interrogent des sources connexes ou qu’ils examinent des rapports, les professionnels des services correctionnels peuvent examiner les facteurs de prédisposition suivants à l’ETCAF (Conroy, 2006) :

  • Des problèmes apparaissant tôt comme le comportement perturbateur à l’école, la malhonnêteté et l’agression
  • L’hyperactivité avec déficit de l’attention, y compris la faible concentration, l’agitation, la prise de risques et l’impulsivité
  • Une intelligence inférieure et un faible niveau de réussite scolaire
  • L’alcoolisme des parents
  • La criminalité des parents
  • L’exercice déficient du rôle des parents, leur séparation, la faible supervision et les conflits entre parents

(http://www.cacp.ca/media/coalitiongroups/efiles/4/JulianneConry.pdf)

De plus, Adler, Brown, Connor et Wartnik (2009) ont élaboré le Forensic Assessment of Fetal Alcohol Spectrum Disorders – FASD Experts Screening Questionnaire[1] (Évaluation médico-légale des troubles causés par l’alcoolisation fœtale – Questionnaire spécialisé de dépistage de l’ETCAF) (tiré du site http://www.fasdexperts.com/Screening.shtml).

Le comportement lors de l’infraction

  • Des actes impulsifs et illogiques comportant un risque élevé de détection
  • Un plan d’infraction « simple » (axé seulement sur l’objectif)
  • Stratégie de sortie faible
  • Réaction agressive exagérée par rapport aux événements imprévus (« lutte ou fuite »)
  • Des codéfendeurs plus avertis/expérimentés

Le comportement lors de l’arrestation

  • Renonce immédiatement ou facilement à ses droits
  • Confesse des choses qu’il n’a pas faites (influencé par les suggestions)
  • Se vante de ses prouesses ou accepte toute la responsabilité s’il y a des codéfendeurs
  • Détachement émotionnel du crime (peu de remords ou de sentiment de culpabilité)
  • Régression comportementale (éclate en sanglots, comportement infantile)

L’entrevue avec le client

  • Petite taille (pas toujours)
  • Style de vie instable
  • Déficient socialement, immature et naïf
  • Désir de plaire ou résistance obstinée à l’évidence
  • Ne peut fournir de récit cohérent et détaillé
  • Ne peut se concentrer
  • Ajoute peu de choses à la discussion
  • Ne semble pas se rappeler ce que vous lui dites d’un rendez-vous à l’autre

Antécédents judiciaires

  • Facilement influençable par des pairs plus avertis
  • Plusieurs infractions mineures à l’adolescence, souvent avec des codéfendeurs
  • Beaucoup de vols
  • Infractions illogiques (p. ex. voler des objets de faible valeur)
  • Insouciance face au risque
  • Crimes d’impulsion et d’occasion
  • Violations des conditions de probation

Historique de vie

  • La mère abuse de l’alcool et des drogues
  • Intervention des organismes de protection de l’enfance
  • Adoption/placements en foyer d’accueil ou chez des membres de la famille/détention dans un établissement correctionnel pour jeunes
  • Éducation spécialisée/troubles de l’apprentissage à l’école
  • Diagnostics relatifs à la santé mentale pendant l’enfance (particulièrement HDA)
  • Problème de contrôle de la colère
  • Violation des règles pendant l’enfance (mentir, tricher, voler, se battre)
  • Éducation perturbée
  • Toxicomanie
  • Faible compréhension des limites personnelles
  • Difficulté à vivre de façon indépendante
  • Mauvais antécédents d’emploi

 

Astuces pour l’élaboration d’une évaluation exhaustive avec une personne atteinte de l’ETCAF :

Lorsqu’un professionnel des services correctionnels connaît ou soupçonne fortement l’existence de l’ETCAF, on peut préparer une évaluation exhaustive et significative en recueillant des renseignements de plusieurs sources, notamment la personne, les membres de la famille aidants, les dossiers officiels (les dossiers de naissance, scolaires, médicaux et judiciaires, etc.), les organismes communautaires en cause, etc. Voici certaines considérations clés d’une évaluation holistique :

  1. Les renseignements de base : Comprennent une description des principaux événements de la vie et des transitions, les problèmes médicaux et les hospitalisations, les évaluations psychologiques, les relations importantes, l’expérience d’un traumatisme, etc.
  2. La situation actuelle : Analyser la qualité de vie actuelle de la personne de même que ses préférences personnelles. Qu’est-ce qui pourrait améliorer les choses? Qu’est-ce qui pourrait les empirer?
  3. Les facteurs environnementaux : Quels sont les modes de vie actuels et antérieurs de la personne; quelle est la capacité de la personne d’accomplir des activités de la vie quotidienne (comme cuisiner, nettoyer, préparer un budget, se déplacer, etc.)?
  4. Les objectifs futurs : Déterminer les objectifs de la personne de même que les objectifs établis par le système correctionnel. Sont-ils compatibles? Quels sont les forces, les espoirs et les rêves de la personne?
  5. Les obstacles et les possibilités : Faire ressortir les obstacles qui se dressent devant ces objectifs, mais conserver une attitude positive pour les nouvelles ressources et soutiens. Y a-t-il eu des possibilités non reconnues par le passé?
  6. Les stratégies et les ressources : Relever les stratégies utilisées par la personne, les membres de la famille, les enseignants, les professionnels de la santé mentale qui ont fonctionné par le passé. Envisager l’introduction de nouvelles stratégies et ressources pour tenir compte des caractéristiques et des défis associés à l’ETCAF.