L'ETCAF et le Système de Justice

Évaluation de l’ETCAF pour les adultes

À l’heure actuelle, peu de provinces ont la capacité de fournir une évaluation pour les adultes. Pour cette raison, et pour d’autres, il est probable que les parents qui ont été exposés à l’alcool avant leur naissance n’aient pas fait l’objet d’une évaluation multidisciplinaire de l’ETCAF. En l’absence d’une évaluation de l’ETCAF, les intervenants en services d’aide sociale à l’enfance devraient éviter de porter des jugements rapides lorsqu’il s’agit d’étiqueter des comportements comme étant associés à l’ETCAF. De multiples facteurs sont à l’origine des comportements couramment associés à l’ETCAF.

Fait à noter, le diagnostic d’un trouble causé par l’alcoolisation fœtale ne veut pas automatiquement dire qu’une personne ne peut jouer un rôle parental.

Une évaluation formelle constitue la meilleure façon d’établir un programme de services pour les parents qui peuvent être affectés par l’alcool. En l’absence d’une évaluation formelle, les dossiers scolaires et médicaux sont des sources d’information utiles. Au moment d’interviewer un parent, l’intervenant en services d’aide sociale à l’enfance devrait prendre en note les forces du parent, ainsi que toute difficulté; les forces seront utiles pour établir une relation avec le parent, pour élaborer des stratégies de soutien et pour fournir des services.

Les intervenants en services d’aide sociale à l’enfance doivent être capables de reconnaître les symptômes de l’ETCAF et comprendre les stratégies générales de soutien destinées aux adultes atteints de l’ETCAF. (Voir l’onglet Intervention dans la présente section.)

Les parents et soignants atteints de l’ETCAF n’ont pas tous les mêmes problèmes, mais des difficultés dans les domaines suivants peuvent être un indicateur de l’ETCAF :

  • comprendre la notion de l’argent et de l’établissement d’un budget, qui peut avoir un effet sur la capacité de fournir de la nourriture et un logement;
  • comprendre l’impact de la violence familiale sur les enfants;
  • comprendre pourquoi on leur demande de suivre un programme de formation au rôle de parent, même lorsqu’ils ont déjà accepté de le suivre;
  • déterminer ou régler les situations dans lesquelles leurs enfants font l’objet d’abus;
  • prendre les mesures nécessaires pour répondre aux préoccupations en matière de sécurité;
  • reconnaître la nécessité d’établir des limites personnelles (par exemple, le parent ou le soignant peut ne pas comprendre pourquoi de multiples relations sexuelles à court terme avec des étrangers, dans sa propre maison, posent un risque pour les enfants);
  • accomplir les activités de la vie quotidienne (par exemple, hygiène personnelle, gestion du temps, cuisine, ou nettoyage, organisation et entretien de la maison);
  • leur crédulité les rend vulnérables à la manipulation, aux abus et à d’autres formes de victimisation.

Enfants pris en charge et évaluation de l’ETCAF

" « L’évaluation et le diagnostic sont la pierre angulaire de la réaction à l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale (ETCAF). Les évaluations médicales, psychologiques, des besoins en ergothérapie et de la pathologie de la parole et du langage, accompagnées d’antécédents sociaux détaillés, sont des éléments critiques du processus d’évaluation de l’ETCAF. Des lignes directrices sensibles ont été élaborées pour soutenir le processus du diagnostic. » ( D. Badrey, « Inventory of Literature on the Assessment and Diagnosis of FASD Among Adults », 2010)

Que l’enfant soit pris en charge par un organisme ou se trouve au sein de la collectivité, une évaluation de l’ETCAF fournit un plan détaillé pour le type d’intervention nécessaire à la maison, à l’école et au sein de la collectivité. Les comportements observés,  un retard du développement ou un rendement scolaire  inadéquat peuvent indiquer que l’enfant est affecté par l’alcool. La prochaine étape consiste à communiquer avec la mère biologique, le père, ou d’autres adultes importants dans la vie de l’enfant, en vue d’obtenir une confirmation de l’exposition à l’alcool avant la naissance, aux fins d’un renvoi pour évaluation de l’ETCAF. (Voir la section sur les antécédents prénataux ci-dessous.)

Qu’arrive-t-il si un travailleur ne peut obtenir une confirmation de l’exposition à l’alcool avant la naissance? Dans un tel cas, il est très utile de faire évaluer l’enfant par un pédiatre spécialisé en développement (enfants âgés de zéro à quatre ans) ou par un psychologue (enfants d’âge scolaire). Il faut obtenir un portrait complet des forces et difficultés de l’enfant, ainsi que des recommandations concernant le type d’intervention à domicile et clinique ou communautaire requise.

S’il existe une confirmation fiable et détaillée de l’exposition de l’enfant ou de l’adolescent à l’alcool avant sa naissance, il peut être utile d’utiliser la trousse d’outils nationale pour le dépistage des enfants et des adolescents recensés et potentiellement affectés par l’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtaleLa trousse sert à déterminer avec plus de certitude si le comportement observé peut être attribuable à l’ETCAF. L’outil de dépistage ne remplace pas l’évaluation et le diagnostic formels; il aide le travailleur à décider si l’enfant ou l’adolescent risque d’être affecté par l’ETCAF.

Avantages de l’évaluation et du diagnostic

" Il se peut que les techniques parentales couramment utilisées ne fonctionnent pas chez les enfants atteints de l’ETCAF. En l’absence de renseignements clairs au sujet de la déficience, les parents, les enseignants et les autres professionnels qui utilisent des techniques autrement appropriées peuvent ressentir de la frustration lorsque les comportements de l’enfant ne changent pas. Puisque nous comprenons maintenant davantage comment les différences de capacité du cerveau affectent le comportement, les soignants et les professionnels de la santé peuvent effectuer des interventions appropriées et préconiser des mesures de soutien et d’adaptation efficaces pour l’enfant. Le diagnostic peut aussi nous faire comprendre, par exemple, qu’il faut « faire des efforts différents » au lieu de « faire plus d’efforts » (Diane Malbin), et nous permettre de trouver des façons d’aider les enfants à apprendre, grandir et s’adapter avec succès. » (Manitoba FASD Centre http://www.fasdmanitoba.com/asess.html)

Renseignements prénataux

Pourquoi les femmes boivent-elles pendant la grossesse?

[TRADUCTION] « La consommation d’alcool à l’âge adulte a été associée à des événements indésirables pendant l’enfance, comme la violence (émotive, physique ou sexuelle), la violence familiale contre la mère de l’enfant, l’utilisation d’alcool ou d’autres drogues par les parents, la maladie mentale à la maison, la séparation ou le divorce des parents et l’incarcération d’un membre de la famille. » (Dube et al., 2002)

Collecte de renseignements sur les antécédents prénataux

Pour fournir des services de santé, d’éducation et sociaux appropriés, il faut tout d’abord obtenir des renseignements exacts et complets au sujet de l’enfant et de la santé des membres de la famille immédiate. La collecte de renseignements sur les antécédents prénataux vise à orienter la planification du dossier et, au besoin, à faciliter l’acheminement de l’enfant en vue d’une évaluation de l’ETCAF. Une femme ayant d’importants antécédents de consommation d’alcool peut connaître de longues périodes de sobriété. Par conséquent, les antécédents de consommation d’alcool doivent être obtenus pour chaque grossesse. Les antécédents prénataux devraient indiquer les moments et la fréquence de l’utilisation d’alcool et de drogues pendant chaque grossesse, ainsi que les quantités utilisées (Manitoba FASD Centre, avril 2011).

Fiabilité des renseignements

Pour que la confirmation de l’exposition à l’alcool avant la naissance soit considérée fiable, la personne qui divulgue les renseignements doit soit avoir vu la mère biologique consommer de l’alcool, soit l’avoir vue en état d’ébriété pendant la grossesse. Il serait utile qu’elle puisse confirmer la fréquence de consommation, les dates auxquelles la mère a consommé de l’alcool pendant la grossesse, ainsi que la quantité et le type (de bouche ou impropre à la consommation) d’alcool consommé. (L’alcool impropre à la consommation s’entend des produits qui contiennent de l’éthanol et qui ne sont pas destinés à être consommés comme boisson, notamment les fixatifs, les bains de bouche, les parfums et les sirops contre la toux.)

Les dossiers de l’organisme peuvent contenir des renseignements sur la consommation d’alcool avant la naissance et peuvent être une source d’information fiable s’ils contiennent les renseignements suivants :

  • l’identité de la personne ayant reçu les renseignements;
  • la provenance des renseignements;
  • la façon dont les renseignements ont été obtenus;
  • des détails suffisants pour établir un lien entre les renseignements et la grossesse.

La personne chargée d’obtenir les antécédents de consommation d’alcool avant la naissance ne devrait avoir aucun parti pris (apparent), devrait être capable d’aborder la mère biologique sans préjugés et sans porter de jugement, et ne devrait pas être considérée comme une menace par la famille.