L'ETCAF et le Système de Justice

Le processus de diagnostic comporte les aspects suivants : dépistage et renvoi, examen physique, diagnostic différentiel, évaluation neurocomportementale, traitement et suivi. Vu la complexité et l’éventail des dysfonctionnements liés à une exposition prénatale à l’alcool, il est essentiel de pouvoir compter sur une équipe pluridisciplinaire pour poser un diagnostic exact et complet et recommander le traitement à suivre. » (Chudley A., et coll., 2005). En tant qu’avocat, juge, agent de police, agent de probation ou autre travailleur du système de justice pénale, ce que vous pouvez faire pour aider, c’est reconnaître qu’une personne à laquelle vous avez affaire souffre peut-être de l’ETCAF.

Les critères diagnostiques qui s’appliquent au syndrome d’alcoolisme fœtal et aux autres déficiences liées à l’alcool faisant partie de la catégorie générale de l’ETCAF ont été établis au fil du temps. En 1996, aux États-Unis, l’Institute of Medicine (Stratton, K., 1996) a recommandé cinq grandes catégories diagnostiques qui permettent de faire une distinction entre les cas où l’on peut confirmer que la mère a consommé de l’alcool durant la grossesse et ceux où cette consommation n’est pas claire :

Le syndrome d’alcoolisme fœtal (SAF) et des antécédents confirmés d’exposition maternelle à la consommation d’alcool, nécessitant une preuve de dysmorphologie faciale, de retard de croissance et de dysfonctionnement du système nerveux central (SNC);

le SAF sans consommation maternelle confirmée, nécessitant une preuve de dysmorphologie facile, de retard de croissance et de dysfonction du SNC;

le SAF partiel (SAFp), nécessitant des antécédents confirmés de consommation d’alcool prénatale, de dysmorphologie faciale et soit un retard de croissance soit des anomalies du SNC;

des malformations congénitales liées à l’alcool (MCLA), nécessitant des antécédents confirmés de consommation d’alcool prénatale et une preuve d’anomalies du SNC.

(Roberts, G. et Nanson, J. 2000; 49-50)

Depuis lors, des chercheurs et des cliniciens canadiens se sont efforcés de clarifier les critères diagnostiques. Des lignes directrices canadiennes en matière de diagnostic ont été publiées en 2005, après une vaste consultation menée auprès de praticiens experts et de partenaires du domaine. (Chudley, A. et coll., 2005). Ces lignes directrices ont été mises au point à la suite de nouveaux travaux de recherche menés par M. Chudley et ses collègues en vue de répondre à des préoccupations d’ordre clinique concernant les mesures types de la taille des yeux – un élément de mesure clé dans le diagnostic du SAF.

Pourtant, la capacité diagnostique est restreinte et celle qui existe n’est généralement pas financée par les régimes de soins de santé (Roach, K. et Baily, A., 20009). Il n’est donc pas surprenant que la plupart des personnes atteintes de l’ETCAF ignorent leur état. Ces personnes ont peut-être grandi en pensant qu’elles étaient différentes ou elles ont reçu un diagnostic différent, comme le trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention (THADA), le trouble oppositionnel avec provocation, le trouble des conduites, le trouble explosif intermittent, le trouble bipolaire, le trouble psychotique, le trouble de la personnalité antisociale, le trouble de la personnalité limite, etc. (Streissguth, 2008, PowerPoint). Les chercheurs et les cliniciens canadiens s’efforcent de réduire les risques que l’on confonde l’ETCAF avec un autre trouble du comportement, et ce, en mettant au point le profil comportemental de l’ETCAF. Par exemple, pour l’œil inexercé, l’agitation et l’impulsivité extrême des personnes atteintes de l’ETCAF et du trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention peuvent être les mêmes. Mais une nouvelle étude a mis au jour des différences cruciales entre l’ETCAF et le THADA. Il ressort des constatations que les enfants atteints de l’ETCAF ont des problèmes comportementaux plus graves que ceux qui sont atteints du THADA, et que ces problèmes sont causés par une incapacité à comprendre et à interpréter les informations sociales, telle que les émotions exprimées sur les visages des gens (Rovet, J., 2009). Le fait d’apprendre les raisons particulières qui expliquent le comportement des personnes atteintes de l’ETCAF aide les psychiatres et d’autres personnes à mettre au point des interventions qui sont adaptées à leurs problèmes particuliers.

Les chercheurs et les cliniciens mettent également au point des outils de dépistage évalués qui aident à repérer les personnes présentant un risque d’ETCAF et qui en facilitent le diagnostic. L’un de ces outils est un formulaire appelé « Asante Centre for Fetal Alcohol Syndrome, Probation Officer Screening & Referral Form » et conçu pour les travailleurs qualifiés du système de justice pour les jeunes. La validité de cet outil fera encore l’objet d’examens avant qu’ils soit rendu public en vue d’une utilisation à grande échelle (Goh, I., 2008).